Acupuncture : les défis de l'évaluation « à l'occidentale »

L’évaluation de l’acupuncture en fonction des critères de la science occidentale a constitué jusqu’à maintenant un défi considérable. De nombreux articles scientifiques ont été publiés à ce sujet 1 &11. Nous avons discuté de la situation avec Pascal Manny, professeur au Département d’acupuncture du Collège de Rosemont, et Denis Umbriaco, acupuncteur, docteur en sciences neurologiques et membre fondateur du Comité scientifique de l’Ordre des acupuncteurs du Québec.

 

Voici les principales raisons qui expliqueraient le faible nombre d’études publiées confirmant l’efficacité de l’acupuncture, pour relativement peu d’affections.

La difficile standardisation

Pour la Médecine traditionnelle chinoise (MTC), il n’y a pas de maladie standardisée comme en médecine classique où l’on isole une cause virale, bactérienne ou autre, que l’on tente d’éradiquer. En MTC, on traite l’individu et non la maladie. Ainsi, deux personnes ayant une grippe apparemment semblable et causée par le même virus ne seront pas nécessairement traitées de la même façon. En effet, une personne pourra avoir été victime du virus à cause d’un refroidissement et l’autre à cause d’une faiblesse immunitaire, par exemple. Et enfin une troisième, ayant été exposée exactement au même virus, l’aura combattu avec succès sans même s’en être aperçu.

Ainsi, puisque pour la MTC il n’y a pas de grippe standardisée, on ne peut appliquer un traitement normalisé à des centaines de personnes ayant la « même » grippe pour en tirer des résultats statistiques. De plus, l’application de traitements personnalisés à chacun des patients contrevient aux principes de l’évaluation « objective » d’un traitement unique, qui est à la base des protocoles scientifiques occidentaux. D’où la difficulté de concevoir des études qui rendent justice aux principes fondamentaux de la MTC tout en satisfaisant aux critères de la recherche scientifique.

Une action trop ample

Les médicaments et les interventions de la médecine occidentale visent généralement à provoquer une action précise et spécifique sur un pathogène, un organe ou une fonction particulière. L’effet est alors direct et relativement facile à mesurer.

L’acupuncture agit plutôt de façon globale et souvent indirecte. Pour combattre un virus, par exemple, l’intervention d’acupuncture aidera à mobiliser la force vitale de la personne ou à stimuler son système immunitaire. C’est par l’intermédiaire de cette capacité de guérison renforcée que le virus pourra être combattu et que l’équilibre pourra se rétablir.

La guérison n’est donc pas seulement due à l’action directe d’un médicament ou d’un traitement, mais est aussi fonction d’un ensemble de facteurs physiques et psychologiques (forme physique, vitalité, état de stress, alimentation, qualité du sommeil, caractère dépressif ou optimiste, etc.). On comprend qu’il soit difficile d’évaluer le rôle spécifique de l’acupuncture puisqu’elle n’est souvent que le déclencheur d’un processus très complexe.

C’est un peu comme si la médecine occidentale s’attardait séparément à chacun des instruments d’un orchestre, ou aux cordes d’un violon, une à une, tandis que la MTC prenait surtout en compte le chef d’orchestre ou l’orchestre dans son ensemble.

Effet placebo ?

Pour la science occidentale, il est très important de pouvoir comparer un traitement réel avec un traitement placebo (semblable, mais inerte) pour déterminer l’action distinctive du véritable traitement. Malgré beaucoup d’efforts en ce sens (aiguilles peu profondes, fausses aiguilles, mauvais points d’acupuncture), un faux traitement d’acupuncture vraiment inerte et sans effet ne semble pas avoir été trouvé 2. En effet, dans de nombreuses études, les traitements d’acupuncture réels ont donné des résultats comparables (ou supérieurs12) aux traitements classiques, mais n’ont été que légèrement meilleurs que les « faux » traitements d’acupuncture. Pour plusieurs chercheurs, cela démontre que les faux traitements ne sont pas réellement inertes. Les résultats mitigés de plusieurs recherches pourraient donc être révélateurs d’un problème méthodologique plutôt que de l’inefficacité thérapeutique de l’acupuncture.

Toutes sortes d’acupunctures

Il existe de nombreuses formes d’acupuncture (chinoise, japonaise, vietnamienne, etc.) et chacune d’elles se décline en plusieurs écoles de pensée ou styles. De plus, la formation des acupuncteurs peut varier énormément d’un endroit à l’autre. Il est donc difficile de déterminer de façon objective la qualité des interventions thérapeutiques. Ce manque de normalisation rend particulièrement périlleuses les comparaisons entre les diverses études.

De plus, la plupart des recherches scientifiques évaluent l’acupuncture à partir d’un protocole fixe, limité à la poncture de quelques points prédéterminés sans tenir compte des spécificités de chaque patient. Cela n’est pas représentatif de la façon dont se pratique réellement l’acupuncture.

Manque de fonds de recherche

Les recherches de bonne qualité coûtent très cher, et l’acupuncture ne peut déboucher sur la commercialisation de produits ou de traitements brevetables. À cause de cela, hormis les organismes gouvernementaux, peu d’entreprises sont enclines à investir dans de telles études. De plus, il y a encore relativement peu de fonds dédiés à l’enseignement et la recherche universitaire en acupuncture ou en MTC. Mais la situation tendrait à s’améliorer, particulièrement aux États-Unis.

Le nombre d’études est donc limité et elles sont souvent de plus ou moins bonne qualité. D’ailleurs, une conclusion que l’on retrouve fréquemment à la suite des synthèses d’études ou de leurs analyses critiques est qu’il faudrait effectuer plus d’études de bonne qualité… Toutefois, grâce à la création de nouvelles normes de recherche (CONSORT et STRICTA10, par exemple), il semble que la qualité s’améliore effectivement depuis quelques années6.

C’est du chinois !

Beaucoup d’études sont rédigées en langues asiatiques (chinois, coréen, japonais, vietnamien), mais bien peu sont traduites en anglais. De plus, la différence de culture fait que souvent, elles ne sont pas considérées comme valables par la communauté scientifique occidentale.

Les bonnes questions ?

Comme l’a fait remarquer un groupe de chercheurs 13, les recensions qui concluent que « les études sur l’acupuncture ne fournissent aucune preuve valable de son efficacité pour quelque affection que ce soit » 4 se heurtent de plein fouet aux résultats positifs pourtant observés quotidiennement à travers le monde. Ils se demandent si on se pose vraiment les bonnes questions, entre autres en tenant à tout prix à créer une acupuncture placebo. Et s’il ne serait pas plus important de chercher avant tout à savoir comment l’acupuncture se compare aux autres traitements classiques.

Recherche et rédaction : Léon René de Cotret

Références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est possible qu’un lien devienne introuvable. Veuillez alors utiliser les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

Notes

  1. Birch S, Hesselink JK, et al. Clinical research on acupuncture: part 1. What have reviews of the efficacy and safety of acupuncture told us so far?J Altern Complement Med. Jun 2004;10(3):468-480
  2. A review and analysis of placebo treatments, placebo effects, and placebo controls in trials of medical procedures when sham is not inert. Birch S. J Altern Complement Med. 2006 Apr;12(3):303-10. Review.
  3. The Emperors sham – wrong assumption that sham needling is sham. Lundeberg T, Lund I, et al. Acupunct Med. 2008 Dec;26(4):239-42. Review.
  4. Reflections on the German Acupuncture studies. Birch S. Journal of Chinese Medicine. Number 83, February 2007.
  5. Clinical research on acupuncture. Part 2. Controlled clinical trials, an overview of their methods. Birch S. J Altern Complement Med. 2004 Jun;10(3):481-98. Review.
  6. A systematic evaluation of the impact of STRICTA and CONSORT recommendations on quality of reporting for acupuncture trials. Prady SL, Richmond SJ, et al. PLoS ONE. 2008 Feb 13;3(2):e1577.
  7. The status and future of acupuncture clinical research. Park J, Linde K, et al. J Altern Complement Med. 2008 Sep;14(7):871-81.
  8. Study designs of randomized controlled trials not based on Chinese medicine theory are improper. Yan J, Engle VF, et al. Chin Med. 2009 Feb 25;4:3.
  9. Towards a model for planning clinical research in Oriental medicine. Julliard KN, Citkovitz C, McDaniel D. Explore (NY). 2007 Mar-Apr;3(2):118-28. Review.
  10. Standards for Reporting Interventions in Controlled Trials of Acupuncture: the STRICTA recommendations. MacPherson H, White A, et al; STRICTA Group. J Altern Complement Med. 2002 Feb;8(1):85-9.
  11. Acupuncture expectancy scale: development and preliminary validation in China. Mao JJ, Armstrong K, et al. Explore (NY). 2007 Jul-Aug;3(4):372-7.
  12. A randomized trial comparing acupuncture, simulated acupuncture, and usual care for chronic low back pain. Cherkin DC, Sherman KJ, et al. Arch Intern Med. 2009 May 11;169(9):858-66.
  13. Letter to the Editor – Systematic review of systematic reviews of acupuncture published 1996-2005. Lewith G, Berman B, et al. Clin Med. 2006 Nov-Dec;6(6):623-5
  14. Systematic review of systematic reviews of acupuncture published 1996-2005. Derry CJ, Derry S, et al. Clin Med. 2006 Jul-Aug;6(4):381-6. Review.

Massage Chinois (TuiNa)

Définition & Principes

Le massage « tuī nà » ( 推捺 – pousser saisir ), également appelé « àn mó » ( 按摩 – presser frictionner ), est l’une des pratiques les plus répandues en Chine, soit en tant que technique de relaxation dans les salons de massage, soit comme outil thérapeutique dans les hôpitaux.
Allant de l’auto-massage au soin intensif, la variété des techniques (plus de 300 !) est aussi vaste que son pays d’origine.

Le massage Tui Na est, avec l’acupuncture, la diététique, la pharmacopée et les exercices énergétiques (Qi Gong et Tai Chi), l’une des cinq branches de la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC). Il est donc fondé sur une vision à la fois « énergétique » et très pragmatique propre à la MTC.

Le Tui Na, en tant que modalité thérapeutique, est normalement prescrit à la suite de l’établissement d’un bilan énergétique par un praticien en médecine chinoise.
En éliminant les blocages, le Tui Na agit positivement sur les différentes parties et fonctions du corps, même internes, et permet à l’organisme de retrouver son équilibre. Il favorise la circulation sanguine et énergétique et contribue à diminuer la douleur.
Le Tui Na est utilisé pour soulager un grand nombre de maux courants (rhume, migraine, constipation, nervosité,….) ainsi que des troubles liées au système locomoteur (tendinite, bursite, douleurs articulaires, lombalgie, sciatalgie, torticolis…).

En pratique…

Il consiste en un ensemble de techniques plus ou moins vigoureuses parmi lesquelles :

  • Techniques vibratoires (tapotements, vibration des membres)
  • Techniques d’étirements
  • Techniques de frottements, de frictions rotatives
  • Poussées avec la main entière, le tranchant de la main, ou la pulpe des doigts, etc…

Le TuiNa se pratique sur une table de massage, habillé ou en sous-vêtements (si massage à l’huile).

Les effets des Tui Na

  • Détente et bien-être général,
  • Suites traumatiques (cicatrisation, soudure, retour à la mobilité),
  • Réduction ou disparition des douleurs,
  • Meilleure vascularisation des tissus,
  • Facilitation de la circulation du Qi,
  • Drainage des liquides organiques,
  • Désobstruction des méridiens,
  • Amélioration du sommeil,
  • Amélioration de la vitalité,
  • Ralentissement du vieillissement des tissus,
  • Aide à la prévention d’un grand nombre de maladies.

Tui Na « Détente »

Le Tui Na peut également être utilisé simplement comme soin de détente ou pour une « harmonisation énergétique ».

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